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Un dimanche ensoleillé au bord du lac, une maman occidentale joue avec ses deux enfants. La scène qui serait tellement commune à Amsterdam interpelle ici. Nous sommes en Chine, à l’extrême sud-ouest du pays, dans le Yunnan. La province a des frontières communes avec le Vietnam, le Laos, la Birmanie et le Tibet. Nous sommes à des lieues de Beijing, tant dans l’espace que dans le temps. Que fait ici cette maman avec ses deux jeunes enfants ?
Je m’approche, et plutôt que de trouver des réponses à mes interrogations je me trouve encore plus perplexe : la petite fille vient d’interpeller son grand frère dans un chinois impeccable, il lui répond dans la même langue. Si je trouve dans les yeux et la couleur de peau du petit garçon une légère teinte asiatique, sa sœur en revanche est une ravissante petite blonde à la peau claire… dont la langue maternelle est le chinois !
C’est Henriette – la maman de Bolong et Zhuli – qui va me permettre de donner un sens à cette scène pour moi un peu surréaliste.
La famille
Henriette est hollandaise. Arrivée en Chine en 1997, elle n’en est jamais repartie. Elle était partie initialement pour voyager en Asie et accompagner des groupes de touristes. 7 mois et un retour en Hollande plus tard, elle revenait en Chine et faisait à Dali la rencontre d’un tibétain musulman, Jim. La saison touristique touchait à sa fin, l’hiver arrivait, Henriette se trouvait à un croisement : rentrer en Hollande ou rester à Dali… Le charisme du beau Jim et l’attrait unique de Dali aidant, la décision fut vite prise, Henriette s’établissait à Dali. Les trois années suivantes, elle poursuit son job de guide touristique et crée sa propre agence de voyages tout en travaillant avec Jim : ils dirigent ensemble une maison d’hôtes, un restaurant, un hôtel. Les premières années ils vivent dans la maison d’hôtes, prennent leurs repas en commun avec les gens qui y travaillent. Leur vie est centrée sur le travail, et suivie de près par une belle-mère très présente, parfois trop.
Henriette ressent le besoin de s’isoler, d’avoir une vie à soi, un chez soi. Jim se trouve lui bien à l’aise dans son domaine entre sa femme et sa mère. Ils vont toutefois emménager dans un appartement. Henriette veut des enfants, ils décident donc de se marier. Jim est musulman, son grand-père tibétain ayant épousé une Hui, les musulmans de Chine, et avec elle sa religion. C’est donc dans une des mosquées de Dali qu’ils se marient. La date est bonne, c’est un 8 ou un 9, chiffres porte-bonheur en Chine. Famille et amis se retrouvent pour un après-midi à la mosquée, hommes et femmes pour une fois réunis. La tradition entend que les hommes et les femmes célèbrent le mariage séparément, mais Henriette a su se faire entendre. La nourriture est Halal, la robe de la mariée est en réalité un costume, l’alcool et les cigarettes sont restés à la porte de la mosquée, la fête est belle.
Le premier enfant arrive bientôt, c’est Bolong, un garçon. Son nom signifie puissant dragon, un nom particulièrement heureux en Chine. Malgré tout, Jim passe plus de temps à la maison d’hôtes avec ses clients que chez lui avec sa famille. Henriette sait que son mariage prend l’eau, mais elle souhaite donner un frère ou une sœur à Bolong. Lorsque Zhuli nait, Henriette et Jim sont séparés, Henriette est maman célibataire de deux enfants en bas âge, hollandaise en Chine.
Lorsque je lui demande si les différences culturelles sont à l’origine de la séparation, Henriette me répond que c’est d’avantage une question de personnalité et de style de vie. Les différences culturelles ? Elles reparaissent lorsque les choses tournent mal, et viennent amplifier le phénomène. Le divorce est donc consommé, un simple passage à l’office des mariages a suffi pour enregistrer le divorce, après que le préposé leur ait demandé s’ils étaient bien sûrs de leur décision.
Henriette, Zhuli et Bolong m’ont accueilli chez eux le dimanche suivant, et Henriette a accepté de me parler de sa vie en Chine, entre un plat de spaghetti au thon et un bateau pirate à construire pour les enfants.
La vie quotidienne
L’agence de voyage de Henriette est en ligne, ce qui lui permet de travailler depuis la maison, à son rythme. Elle guide par ailleurs des visites autour du lac de Dali, un jour par semaine.
Mais sa priorité va aux enfants, à qui elle souhaite donner une vie heureuse. C’est donc à leur rythme que sa vie se passe. Bolong va à l’école 5 jours par semaine, Zhuli 3 jours seulement. De 9 heures à 17 h 30, les enfants sont en classe. De bonnes journées déjà pour des enfants en bas âge, mais rien en comparaison de ce qui les attend plus tard : la journée typique d’un écolier chinois commence généralement à 7h30 par le nettoyage de la salle de classe et des latrines, et ne se termine pas avant 17 h 30, l’heure de rentrer à la maison faire les devoirs. Et lorqu’on change de cycle, passant de l’école primaire au collège, ou du collège au lycée, l’année est décisive et la compétition est intense : il y a du monde en Chine, de bonnes notes seront le meilleur moyen de sortir du lot. Alors les journées s’allongent, les écoliers retournent en classe après le diner pour deux heures d’étude avant de rentrer chez eux à 20h, voire 21h30, avec naturellement des devoirs à faire !
Il n’y a pas d’école maternelle publique à Dali. L’école maternelle n’est pas obligatoire en Chine, et souvent dans les campagnes, les enfants attendent 6 ans pour franchir pour la première fois la porte d’une école. L’école de Zhuli et Bolong est donc « privée », gérée par l’armée. C’est la meilleure de la ville, l’armée prend soin des familles de militaires stationnés dans l’une des deux bases de Dali. Les parents qui peuvent se le permettre y envoient donc leurs enfants.
Si les chinois acceptent volontiers que leurs enfants fassent des devoirs du soir dès l’école maternelle, ça n’est pas le cas de Henriette. Elle s’est rapidement fait remarquer, n’hésitant pas à remettre en question des principes établis comme les devoirs pour un bambin de 4 ans, décidant d’elle-même des horaires de présence de ses enfants. Pas très chinois comme comportement, ici on respecte les ordres et on ne questionne pas.
Les enfants eux sont parfaitement intégrés : seuls occidentaux (en apparence au moins) de leur classe, ils vivent la vie des millions de petits écoliers chinois.
Le samedi est leur journée avec papa, et dimanche est généralement consacré à une ballade avec maman (sauf quand un importun vient poser plein de questions à maman, et que le jour baisse bien trop vite pour profiter pleinement du trampoline du parc).
Les vêtements, les jouets, les accessoires pour bébé
Nous sommes en Chine, le fournisseur mondial de vêtements, jouets et autres produits de consommation courante. Alors la question des produits disponibles ne se pose pas tellement pour Henriette, fervente supportrice des couches An Er Le.
Le plus difficile, me confie Henriette, c’est de trouver des jeux éducatifs. Au royaume des mitraillettes en plastique, ils paraissent bien loin les jouets en bois, les jeux d’éveil, les livres pour enfants, les puzzles et autres jeux de société.
Quand aux livres, ils sont bien là. Seulement on trouve surtout des livres d’apprentissage de l’écriture ou de l’anglais. Les enfants associent donc les livres à l’étude en oubliant un peu le caractère ludique de la lecture, regrette Henriette. Heureusement les librairies régissant, on peut trouver ici aujourd’hui le Petit Prince enchinois.
La maison
Henriette vit dans un appartement sur trois étages, dans la nouvelle ville de Dali. Le top de ce qui se faisait il y a 5 ans, me dit elle en riant : un coup d’œil aux moulures de plafond façon empire et aux barreaux serrés derrière les vitres bleutées, et je la rejoins dans son rire. Le kitsch version chinoise n’a pas fini de nous suprendre !
Le développement des enfants
La plupart des mamans chinoises nourrissent leurs enfants au sein jusqu’à deux ans. Henriette elle a nourri Bolong et Zhuli au lait, Nestlé ou chinois. Leur nourriture aujourd’hui est un mix entre cuisine chinoise et occidentale, à base de légumes frais, toujours à profusion sur les marchés de Dali grâce aux paysans qu’on voit avant l’aube tirer jusqu’au marché de pleines charrettes de légumes venant des champs alentours.
Les enfants chinois sont généralement propres vers deux ans, la plupart portant des pantalons fendus à l’arrière qui leur permettent de s’épancher lorsqu’ils en ont besoin. Zhuli et Bolong ont eux porté des couches.
L’éducation
Elever seule deux enfants est une occupation à plein temps. Alors dans un pays qui n’est pas le sien, aux prises avec une belle-famille dont les valeurs et le mode de vie sont très différents, et face à des enfants qui parlent une langue qui n’est pas la sienne, Henriette réalise à mon sens un exploit au quotidien.
Traditionnellement c’est la famille au sens large qui prend en charge l’éducation des enfants en Chine, m’explique Henriette. Grands-parents, parents et enfants vivent souvent sous le même toit. On n’a pas ici le même sens du noyau familial et il n’est pas rare que les enfants vivent avec les grands-parents, les parents travaillant dans une autre ville. Les grands-parents ont donc une influence importante sur l’éducation des enfants. Et en particulier les mères et grand-mères, les femmes sont fortes en Chine, elles ont du caractère.
C’est précisément ce mode de vie que Jim paraissait tout naturellement prêt à accepter, et dont Henriette n’a pas voulu. Selon ses propres mots, il y a une différence entre une belle-mère qui donne un coup de main et une belle-mère qui progressivement prend le contrôle. Alors Henriette est partie, et en conséquence assume aujourd’hui seule l’éducation de ses deux enfants. Leur père n’est que peu présent, et la belle-famille refroidie par cette décision contraire à ses traditions ne voit que rarement les enfants.
Henriette se charge donc d’aider à grandir Zhuli et Bolong, entre vie quotidienne à la chinoise et valeurs occidentales. Entre deux langues aussi, puisque si les enfants vivent au quotidien en chinois, Henriette met un point d’honneur à ne leur parler qu’en hollandais. Et me fait-elle remarquer, c’est tout particulièrement un challenge dans la mesure où elle est la seule personne à leur inculquer cette langue. Elle fait donc un effort tout particulier pour varier ses expressions, rechercher des synonymes, en un mot redécouvrir sa langue pour la transmettre à ses enfants.
Alors comme elle me le dit dans un sourire, elle est particulièrement fière quand, de visite en Hollande, Bolong passe sans réfléchir du chinois au hollandais, et babille avec ses petits copains bataves comme à la maison, avec ses petits copains chinois.
Et sans doute encore plus fière quand elle voit son fils s’exprimer avec moi en anglais, une découverte pour elle qui pensait que la petite tête de 4 ans était déjà bien remplie avec deux langues maternelles !
La santé
Si les enfants sont malades, tu as peur, me dit-elle d’emblée. La Chine n’est pas particulièrement reconnue pour son système de soin, et en quelques mots Henriette me permet de comprendre pourquoi, loin des hopitaux pour expatriés de Pekin ou Shangai, on tremble vite pour ses enfants s’ils prennent froid.
Il est difficile de trouver un bon docteur m’explique Henriette. ils ne sont la plupart du temps pas capables de donner un verdict fiable sur la maladie, de dire si c’est grave ou non. Leur occupation principale semble être de vendre des antibiotiques, sur lesquels leur hopital se rémunère. L’antibiotique semble être le remède miracle en Chine, on le prescrit même à titre préventif, par exemple pour empêcher qu’une infection ne se propage. On l’administre bien souvent en injection, très prisée en Chine. Dans ce cas, l’enfant devra passer la nuit à l’hopital.
Dans ce contexte, pas étonnant qu’Henriette ait souhaité accoucher à Bangkok, dans les deux cas. A deux heures d’avion d’ici, on trouve des hopitaux aux standard international, un personnel soignant qui parle anglais, des locaux qui ressemblent plus à un hotel qu’à un hopital, et on accouche en toute sécurité pour 2′000 €, tout compris.
Les enfants sont jusqu’à présent en bonne santé me confie Henriette. Alors elle croise les doigts, et garde en tête la procédure d’urgence en cas de problème majeur : le premier avion pour Bangkok, sans réfléchir.
Le point final…
Une mère célibataire au fin fond de la Chine, deux bambins occidentaux qui se chamaillent en chinois, un vélo pour trois… Si cette famille m’a dès le début intrigué, elle m’a ensuite séduit. Vue d’Europe je crois que la situation d’Henriette ne paraitrait enviable à personne. Elle s’évertue à donner une certaine normalité à une situation par essence anormale, seule avec ses enfants entre deux continents, deux modes de vie, deux langues.
Alors lorsque je regarde ces enfants épanouis, particulièrement bien élevés, pleins de vie et de malice, je ne peux qu’être impressionné par la manière dont Henriette vit sa vie.
C’est la raison pour laquelle j’ai choisi de raconter cette histoire, de présenter Henriette, Zhuli et Bolong. Par la manière dont ils vivent leur vie, à la fois normale et tellement différente, ils nous disent que tout est possible, que ce qui semble de loin une hérésie est en fait un choix de vie, et que finalement notre vie n’est jamais autre chose que ce que nous en faisons, que nous nous laissions guider par notre instinct ou par notre raison.
Ça n’est sans doute pas le petit Bolong qui me donnera tort. Il sait qui il est, et le prouve : comme souvent en Chine, les enfants sont une véritable attraction pour les passants, lorsqu’ils sont occidentaux a fortiori. Alors lorsqu’un cercle se forme, et que tout le monde se pousse du coude en disant « oh regarde, qu’il est beau le petit étranger, le Wai Guo Ren », Bolong répond fièrement : « Wo bu shir Wai Guo Ren, wo shir Dali Ren », je suis pas un étranger, je suis un habitant de Dali !
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[...] Pour plus d’infos, consultez l’interview d’Henriette : maman hollandaise en Chine [...]
Ping par Vidéo Henriette et ses deux enfants « Les Mamans du Monde 11 décembre 2007 @ 4:04[...] à l’interview d’Henriette, publiée il y a 1 mois, (re)découvrez en vidéo cette maman hollandaise élevant ses deux enfants [...]
Ping par Les mamans du monde » Vidéo Henriette et ses deux enfants 14 décembre 2007 @ 4:40Quel magnifique interview… !
Comment par Elo & Lio 3 mars 2008 @ 1:47Chapeau bas à Henriette et ses enfants.
Merci de faire partager ces moments de vie à l’autre bout de la terre
Merci pour vos encouragements Elo & Lio
Comment par woodd 4 mars 2008 @ 8:02Le site internet de babymoov va héberger gratuitement le blog des mamans du monde !
Comment par babymoov 11 juin 2008 @ 10:22La suite des aventures c’est par là : Blog des Mamans du monde…