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Rusgo a 20 ans. Elle s’est mariée il y a deux ans avec Kurbanjan, un jeune homme de 25 ans aujourd’hui. Les deux se sont rencontrés dans la vieille ville de Kashgar, ou ils habitent tous deux.
La famille
Kashgar se trouve à l’extrême ouest de la province du Xinjiang, elle-même à l’extrême ouest de la Chine. Le soleil se couche ici deux a trois heures après s’être couche a Pékin, la capitale semble bien loin. La capitale, et pas seulement elle : ici, c’est toute la Chine qui semble éloignée : entre Kashgar et le reste de la Chine, près de 2′000 km le désert du Takla Maklan.
Alors rien d’étonnant à ce que les Uyghurs, les habitants originels du Xinjiang ressemblent plus à des habitants d’Asie centrale qu’a des chinois. Leurs traits sont proches de ceux des kirghizes et des kazhaks, leurs voisins. Il n’est pas rare de croiser une tête rousse ou des yeux clairs dans la rue, et pour autant leur carte d’identite est bien chinoise. La religion dominante est musulmane, la musique, la nourriture, les moeurs, les habitations, tout rappelle l’Asie centrale et le moyen orient.
Rusgo n’échappe pas à la règle. Elle est musulmane, vit dans une maison traditionnelle, et élève son enfant selon les coutumes propres aux Uyghurs. Son mari et elle n’ont aujourd’hui qu’un enfant, une petite fille de 9 mois, Maramsa. Ni l’un ni l’autre n’ont de travail à proprement parler. Ils vivent chez les parents de Rusgo, occupant l’étage supérieur de la petite maison familiale. Kurbanjan, l’époux travaille parfois au marche, le bazar, aidant les forains à de menues taches. C’est la qu’il était au moment de l’interview, je n’ai donc pas pu le rencontrer.
La vie quotidienne
Rusgo passe le plus clair de son temps à la maison. Elle s’occupe de son enfant avec l’aide de sa famille et de ses voisins, toujours prêts a se rendre utile, donner un conseil, voire s’exprimer directement sur la manière dont Maramsa devrait être élevée, qu’on leur aie demande leur avis ou non.
Maramsa se lève en règle générale vers 7 heures, soit une heure beaucoup plus décente que la plupart des enfants que j’ai rencontres jusqu’a présent. Elle fait deux siestes dans la journée, une le matin et une l’après-midi. Le soir, elle se couche vers 23 heures. Son rythme m’a semble beaucoup plus serein que celui d’autres petits enfants d’Asie que j’ai pu rencontrer. De même, elle est essentiellement à la maison, dans les bras de sa maman, d’une voisine ou d’un oncle.
Ses parents ne travaillant pas, ils sont beaucoup plus disponibles pour s’occuper d’elle, et elle n’a pas a subir le rythme des journées de travail asiatiques, souvent exténuant.
Je n’ai pas réussi à me faire expliquer clairement lors de l’interview comment les parents de Maramsa assurent la subsistance du foyer. D’après mes observations et quelques commentaires de mon traducteur, il me semble que parents et voisins subviennent aux besoins de la famille, pour ce qui est du logement et de la nourriture tout au moins.
Les vêtements, les jouets, les accessoires pour bébé
Le climat estival de Kashgar est… celui du désert. Dans ces conditions, on cherche plus à se protéger de la chaleur en restant à l’ombre qu’à enfiler des vêtements. Maramsa était donc court vêtue lorsque je l’ai vue, ayant en tout et pour tout une layette. Pas de couches naturellement, ni de pantalon, elle se soulage directement dans les bras de ses parents lorsque le besoin se fait sentir.
La seule parure que je lui ai vue est un bonnet de nourrisson que sa maman s’est empressée d’aller chercher lorsque est venu le moment de la séance photo.
En ce qui concerne les jouets, si Maramsa est aux dires de sa maman trop petite pour s’y intéresser aujourd’hui, j’ai pu voir dans la rue les enfants a l’oeuvre : un tuyau d’arrosage, un vieux pneu de vélo, ou encore un couteau Uyghur leur font passer des heures entre petits voisins.
Et quoi qu’il en soit, les enfants vont généralement très tôt prêter main forte à leurs parents, artisans ou commerçants pour la plupart. Je croise donc tous les jours de petits travailleurs d’a peine 10 ans, boulangers, ferronniers, cuisiniers, vendeurs de légumes, affûteurs de couteaux, garçons de café…
La maison
La maison de Rusgo et Kurbanjan est typique du vieux Kashgar : sur une petite superficie dans un entrelacs de ruelles et d’impasses, elle est construite en terre séchée sur deux étages. La double porte qui la sépare de la rue correspond a un code : ouverte, on peut entrer librement et s’asseoir pour un thé, même en parfait inconnu. Fermée, les habitants ne sont pas là, inutile de frapper. Si un seul battant est ouvert en revanche, cela signifie que seules les femmes sont présentes a la maison. En ce cas, pas question naturellement pour un homme de rentrer.
La maison est entièrement organisée autour d’un patio central, ou un petit arbre amène une ombre bienvenue. Le patio est le lieu de vie principal, ou l’on mange, regarde la télévision, reçoit amis et famille (et même interviewers français opiniâtres). Rusgo et Kurbanjan doivent partager les lieux communs avec le reste de la famille. A l’étage en revanche, ils ont leur propre chambre, qu’ils partagent certes avec Maramsa. Maramsa dort dans son propre petit lit.
Le développement des enfants et la santé
Maramsa est très éveillée et souriante. A ce que j’en ai vu lors de notre rencontre, c’est une petite fille gaie, relativement patiente, mais qui sait toutefois très bien manipuler son entourage pour arriver a ses fins. Du haut de ses neuf mois, elle ne marche naturellement pas encore mais se dresse très bien sur ses jambes.
Elle est toujours nourrie au sein par sa maman, ce qui constitue encore l’essentiel de son alimentation. Elle mange toutefois de bon appétit des nans, un délicieux pain en forme de pizza, spécialité des Uyghurs.
L’éducation
Rusgo me dit qu’il n’y a pour elle aucune différence entre une fille et un garçon. Son entourage me confirme que cela ne change absolument rien pour eux, à l’inverse du reste de la Chine, ou le fait d’avoir une fille est souvent mal vécu. Il faut noter ici que les Uyghurs, comme les autres “minorités ethniques” chinoises, ne sont pas soumis à la règle de l’enfant unique longtemps imposée par Pékin. Ainsi, une famille Uyghur typique aura souvent deux a trois enfants, bien que j’aie déjà rencontré plusieurs personnes qui me disaient être issues de familles de 8 enfants.
L’éducation semble être relativement partagée entre Rusgo et Kurmasan. Ce dernier s’occupe fréquemment de sa fille, étant à la maison. Les deux mettent un point d’honneur à l’élever conformément aux traditions Uyghurs, et dans le respect de la foi musulmane, une fierté et un devoir pour eux.
Maramsa sera scolarisée dans une école locale, où les cours sont dispensés pour l’essentiel en langue Uyghur, et pour partie seulement en mandarin.
Le point final…
Pour le futur de Maramsa, c’est à Kashgar que ses parents l’envisagent. Ils souhaitent vivement qu’elle ait une vie traditionnelle conforme aux coutumes Uyghurs, qu’elle vive dans la vieille ville de Kashgar (si toutefois celle-ci existe toujours dans 20 ans). Et par dessus tout, me confie Rusgo, elle s’assurera que sa fille épouse un homme Uyghur, et non un Han, les chinois venus s’établir au Xinjiang sur forte motivation du gouvernement pour occuper le territoire conquis.
Le ‘Making-off, ou comment j’ai rencontré cette famille
C’est tout a fait par hasard que je suis arrive chez Rusgo. J’ai d’abord rencontré Muhammad, luthier de son état chez lequel je m’étais arrêté pour lui demander ou entendre un concert de musique Uyghur. Il m’a ensuite présenté Lahmetjia, un jeune ingénieur du son, qui lui même, enthousiaste par le principe des interviews mamans du monde, m’a ensuite conduit chez Rusgo et Maramsa, dans le dédalle de ruelles de la vieille ville.
La principale difficulté de cette interview tenait à la langue, Lahmetjia ne parlant que chinois. Mes quelques notions de cette langue m’ont donc permis de conduire – de la manière la plus simplifiée qui soit – cette interview.
Malgré nos difficultés de langage, je tenais toutefois à réaliser cette interview. En effet, les Uyghurs sont un peuple fier, extrêmement différent de la plupart des chinois, les Hans. Leurs modes de vie, leurs croyances sont différentes de celle des chinois. Leur appartenance à la Chine se limite bien souvent à leur carte d’identité et billets de banque dans leurs poches, et au fait de devoir supporter une armée et une police chinoise très présentes dans la région.
A demi-mot, et avec les difficultés de communication habituelles (beaucoup de Uyghurs, bien que de nationalité chinoise, ne peuvent pas s’exprimer en mandarin), certaines des personnes rencontrées m’ont fait comprendre que la présence chinoise ici était vécue comme une intrusion non souhaitée, une domination par la force face à laquelle tout le monde semble faire profil bas ici.
3 commentaires jusqu'à présent
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’si toutefois celle-ci existe toujours dans 20 ans’ … point de détai très important
merci pour ce bilet ! continue !
Commentaire par Mbark 27 février 2008 @ 4:07Merci pour ton commentaire mister Bark
Commentaire par woodd 28 février 2008 @ 4:55Le site internet de babymoov va héberger gratuitement le blog des mamans du monde !
Commentaire par babymoov 11 juin 2008 @ 10:21La suite des aventures c’est par là : Blog des Mamans du monde…