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Sum et Sa sont demi-sœurs, nées de la même maman. Membres de la tribu des Black H’Mong, elles vivent à Hau Tao (Han Dai en dialecte H’Mong), un village proche de Sapa, une ville de montagne du nord-vietnam à la frontière chinoise.
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La famille
Pourquoi présenter le portrait des deux sœurs en même temps ? Je les ai rencontrées ensemble. Elles ont répondu d’une seule voix à mes questions, et m’ont expliqué à quel point leurs vies sont liées, vivant sous le même toit, dans les mêmes conditions, et partagant leurs vies quotidiennes.
Sa, l’ainée, a 27 ans. Elle a épousé Sau, 28 ans aujourd’hui. Leur premier enfant, né il y a 10 ans, est décédé à la naissance. Le deuxième, six ans plus tard, est décédé dans les premiers mois de sa vie, suite à une infection de l’œil non traitée. Leur troisième enfant, Rein, a eu deux mois la veille de l’interview. C’est une petite fille bien portante, qui remplit enfin tous les espoirs de mère de Sa.
Sum, 24 ans, est mariée avec Song, 26 ans. Leur premier enfant est un garçon de 3 ans, Ba. Il a aujourd’hui une sœur de 15 mois, Cho. Ils se sont rencontrés sur le marché de Sapa. Sum a fini par céder devant la persistance de Sung, après avoir refusé ses avances pendant longtemps. Ils ont ensuite passé 5 ans ensemble avant de se marier.
Les maris de Sa et Sum viennent tous deux la même tribu qu’elles. C’est une tradition que d’épouser quelqu’un de la même tribu, du même village ou d’un village proche. Je n’ai pas rencontré leurs époux, qui travaillaient au moment de l’interview.
S’il est de tradition que le garçon demande la main de la fille à ses parents, la jeune fille ne se prive pas de refuser si elle le veut. Si elle accepte, le futur gendre doit offrir une dot aux parents de la jeune fille.
Le divorce est chose courante chez les H’Mongs. Ma guide de randonnée, par exemple, m’a expliqué qu’elle avait quitté son mari il y a 5 ans, elle avait alors 21 ans. Alcoolique, il la battait et captait tout l’argent du foyer. Sans avoir été très explicite, Ly, la jeune femme en question, m’a toutefois laissé comprendre que les mœurs H’Mong étaient relativement libres, et qu’elle était fière d’en profiter.
La vie quotidienne
Les deux jeunes femmes vivent dans un village de montagne, accessible à pied uniquement.
Sa, l’aînée, s’emploie régulièrement chez les paysans des villages alentours pour travailler dans les champs de riz. Elle est par ailleurs responsable d’un centre artisanal de tissage traditionnel H’Mong, c’est là que je les ai rencontrées. Le centre est situé à 30 minutes de marche au-dessus de son village. Sa s’y rend quotidiennement son enfant sur le dos. Elle y travaille deux heures par jour, s’occupant surtout de former les nouveaux venus, 65 personnes au total aujourd’hui.
Son mari est chauffeur de moto, la version la plus fréquente du taxi dans cette région.
Sum, quant à elle, travaille à la maison, dans le même village que Sa. Elle s’occupe du foyer des deux familles, la sienne et celle de sa sœur, prend soin de leurs champs de mais et de riz, et des cochons que possèdent les familles. Elle joue parfois aussi le rôle de baby-sitter, s’occupant de ses enfants et de ceux de sa sœur.
Son mari Song travaille lui aussi à la maison, confectionnant des paniers en bambou qu’ils vend ensuite sur les marchés.
Si leur mère habite un autre village de la vallée, et ne leur rend que rarement visite, la belle-famille de Sum est très présente : ses beaux-parents, la grand-mère et deux des frères de son mari habitent les maisons voisines. Tous travaillent et ne peuvent donc pas garder les enfants. Ils partagent toutefois les tâches domestiques, notamment la cuisine.
Leur alimentation est typique de celle des H’Mong, et bien différente de la cuisine vietnamienne, s’empressent-elles d’ajouter. Elle se compose pour beaucoup de mais, de légumes, de jeunes pousses de bambou, de poulet parfois. Pour fêter la nouvelle année, ils abattent un cochon lorsque les moyens le permettent.
La journée des deux familles débute à 3 heures du matin. La première tâche de la journée consiste à préparer les repas de la famille, et ceux des cochons. Ensuite, on prépare les enfants, qui se lèvent vers 5 heures.
Sa prend le chemin du travail à 7 heures, et rentrera vers 18 heures. Sa fille l’accompagne tout au long de cette longue journée de travail, quelles que soient les conditions météo, emmitouflées dans des couvertures sur le dos de sa maman.
Les enfants vont au lit vers 19 heures, les adultes vers 21 heures.
Les vêtements, les jouets, les accessoires pour bébé
Rein est peu habillée. Elle porte des langes, que sa maman change dès que Rein se soulage, généralement dans le dos de sa maman. Elle est emmitoufflée dans plusieurs couches de couvertures bariolées qui servent aussi de moyen de transport, lorsque sa maman les sangle sur son dos. Sa sait qu’il existe des couches, mais n’en a jamais utilisé.
Cho porte les vêtements de son frère ainé. Elle va généralement pieds nus, comme la plupart des enfants du village.
Les pantalons ont la particularité d’être fendus à l’arrière, comme en Chine. Cela permet aux enfants de se soulager à tout moment, en tout endroit. Leurs mères m’expliquent pour la bonne bouche que les chiens du village se font un plaisir de suivre les enfants, toujours en quête de ces repas d’appoint.
Pour ce qui est de jouer, les enfants devront attendre d’être autonomes pour trouver ou construire eux-mêmes leurs jouets. Un morceau de bois devient alors une épée, un os de porc se transforme en moto, une bouteille vide en ballon de foot, et des cailloux permettent de s’occuper pendant des heures. Les nourrissons en revanche, constamment dans le dos de leur mère, sont très peu sollicités.
La maison
Je n’ai pas vu la maison de Sa et Sum. Cependant, j’ai visité diverses autres maisons de villages de la région. Elles sont généralement construites en bambou. Les gens les construisent bien souvent eux-mêmes, même si le toit sera souvent acheté. Un toit en feuilles de palme devra être changé tous les 3 ans environ, dans cette région humide. Un toit en tôle, plus cher, tiendra lui 7 à 8 ans, dans cette région très humide.
Les maisons ne comportent qu’une grande pièce, centrée autour du foyer. Les matelas sont dans un coin, les outils de travail dans un autre. Quelques tabourets et une table basse constituent l’essentiel de l’ameublement. Les toilettes sont à l’extérieur, le plus souvent très sommaires.
Il y a peu d’ouvertures dans ces maisons. Le feu est entretenu continuellement, dans un petit foyer au centre de la pièce. Il ne permet pas vraiment de faire fuir l’humidité, qui vient du sol de terre battue, par contre la fumée envahit généralement la maison.
Rein, la fille de Sa, a 2 mois. Elle est nourrie exclusivement au sein, trois à quatre têtées par jour, parfois deux seulement me précise-t-elle si elle est très occupée. Rein fait des nuits complètes, ne réveillant généralement pas ses parents avant l’heure du lever de la famille.
Sum nourrit encore sa fille Cho au sein, même si elle lui donne maintenant du riz en complément.
J’ai été surpris par le calme des bébés. Ils passent le plus clair de leurs journées sur le dos de leurs mères, et se font très peu entendre. On voit souvent leurs petits yeux curieux émerger de leur nid de couvertures et observer en silence, quand ils ne dorment pas tout simplement.
L’éducation
Sa et Sum m’expliquent clairement que ce sont elles les premières responsables de l’éducation. Leur rôle est plus sévère que celui du père, ce sont elles qui guident l’enfant dans sa découverte de la vie. Si leurs maris jouent un rôle plus passif et passent moins de temps avec leurs enfants, ils ont toutefois des moments priviliégiés avec eux, notamment dans le jeu.
Le fils de Sum, Ba, 3 ans, a commencé à parler vers 2 ans. Un an plus tard, il peut déjà compter de 1 à 10 en anglais, me précise-t-elle fièrement. Ba ira à l’école à 6 ou 7 ans.
D’ici là, il reste au village, suit sa maman et joue avec les autres enfants. Les jeux des enfants sont surveillés par les adultes, mais de loin. J’ai pu constater que les enfants sont généralement libres d’aller et venir, pieds nus, dans le village. Ils découvrent leur environnement entre enfants, et l’expérience leur dicte vite quels sont les dangers potentiels.
Ainsi, Cho qui marche à présent, commence à suivre son frère Ba, l’observe, et à 15 mois, fait ses premières expériences.
Sa et Sum ne sont elles-même pas allées à l’école. Elles y enverront leurs enfants, car elles savent à quel point l’anglais notamment leur sera indispensable.
En ce qui concerne Sum, si elle sait qu’en allant à l’école, ses enfants auront une chance de trouver un travail en ville, elle souhaite cependant qu’ils restent au village, et vivent la vie de leurs parents.
Les deux jeunes femmes sont de confession catholique, bien que leurs maris ne le soient pas. J’ai pu constater cela dit que les croyances H’Mong étaient encore très présentes. Ainsi, les H’Mongs vivent au quotidien avec les esprits de la montagne, s’en remettent à leur Buddha pour soigner les maladies provoquées par ces esprits, et montrent pour les plantes et la vie en général un très grand respect. Les enfants grandissent avec ce mélange de croyances animistes et monothéistes.
La santé
Rein est en parfaite santé. Elle mange correctement, et n’a pas eu jusqu’à présent de maladie quelconque. Cho est elle aussi en pleine santé. En revanche, son grand frère Ba a été gravement malade, et a du être hospitalisé dans la ville la plus proche, Lao Cai, qui se trouve dans la vallée, à une heure de route. Sum m’a confié que c’est grace au support d’un jeune américain qui avait fait connaissance de la famille qu’elle a pu régler les frais de l’hopital.
Sum et Sa sont toutes deux au courant des méthodes de contraception. En revanche, pas question pour elles de les utiliser, le but du mariage étant de faire des enfants. Aussi me disent-elles toutes deux : « si tu ne fais pas d’enfants, ton mari ira trouver une autre épouse ». Pour les H’Mongs, l’arrivée d’un enfant est toujours une bonne nouvelle, qu’il soit garçon ou fille.
Le point final…
Comme toujours, j’ai essayé de comprendre si Sa et Sum vivent heureuses. Elles m’ont toutes deux affirmé qu’elles le sont, et je les crois sincères.
Elles ne voudraient pas vivre ailleurs que dans leur village, sont heureuses de leurs conditions de vie. L’une comme l’autre ne saurait que changer dans leur vie si on leur proposait une baguette magique.
Pourtant, elles voient passer nombre de touristes occidentaux. Elles savent quels sont les apports du confort moderne. Et si l’idée d’avoir une télévision allume une petite lueur dans leurs yeux, elles ne m’ont pas paru pour autant vouloir changer fondamentalement leur mode de vie.
Le fait qu’elles souhaitent que leurs enfants vivent de la même manière qu’elles me semble bien confirmer que leur vie d’aujourd’hui leur convient.
Pour Sum, cela dit, il y a une chose qu’elle voudrait changer : elle souhaite avoir sa propre maison et pense pouvoir réaliser ce rêve d’ici l’année prochaine.
Le ‘Making-off, ou comment j’ai rencontré cette famille
C’est au cours d’une soirée sur le pont supérieur d’une jonque, au repos dans une crique de la baie d’Halong que j’ai décidé de faire escale à Sapa, en compagnie de Laura, une jeune finlandaise, comme moi à la découverte de l’Asie.
Sapa est une station d’altitude qui se trouve au pied du Fanzipan, le sommet le plus élevé du Vietnam. Après avoir été le lieu de villégiature des colons français de Hanoi au début du siècle, elle a été longtemps oubliée avant de connaître dans les quinze dernières années un retour en grâce, depuis que les autorités vietnamiennes ont réalisé les bénéfices qu’elles pouvaient tirer du tourisme « ethnique ». Et Sapa en est une destination privilégiée, directement située sur le territoire des H’Mongs, des Zaos, des Tais.
Le tourisme s’est donc beaucoup développé ici, du fait essentiellement des Vietnamiens venus des plaines. Les membres des tribus, eux, sont pour quelques uns employés comme guides ou personnel d’hôtel. Les autres essayent de valoriser leur artisanat traditionnel en vendant sur le marché, et jouent les sujets exotiques de photographie pour les touristes de passage.
Nous avons rencontré Sa et Sum totalement par hasard, au détour d’un chemin de randonnée dans les montagnes environnant Sapa. C’est d’abord une grande maison, remarquable par la qualité de sa finition au milieu des habituelles huttes en branches de bambou, qui a attiré mon attention. Clin d’œil agréable pour Laura, nous avons découvert que cette maison est le centre d’un projet financé par l’ambassade de Finlande. Ce projet consiste à valoriser le tissage traditionnel H’Mong, en leur fournissant les métiers à tisser, des capacités de formation, et des débouchés commerciaux. Sa est la responsable de ce projet, Sum sa sœur l’accompagnait ce jour-là.
Sum et Sa font partie de la tribu des H’Mong, un des groupes ethniques les plus importants du Vietnam. Les H’Mong se composent de différentes tribus, Black H’Mongs, White H’Mongs, Flower H’Mongs… qui se distinguent par leur vêtement, leur dialecte, leurs coutumes. Sum et Sa font elles partie des Black H’Mong. S’ils sont présents au Vietnam, le territoire naturel des H’Mong ignore les frontières nationales d’aujourd’hui, et on les retrouve aussi au Cambodge, au Laos et en Chine.
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Commentaire par babymoov 11 juin 2008 @ 10:20La suite des aventures c’est par là : Blog des Mamans du monde…