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Voici la nouvelle famille que j’ai rencontré au Cambodge !
Chanti et son mari, Kahn Chhorne, vivent dans le village de Okhcheay, dans la province de Battambang. Ils se sont rencontrés il y a 20 ans.
Un peu de géographie…
Battambang est la 2ème ville du Cambodge par son nombre d’habitants. C’est malgré tout une petite ville, et la vie y coule paisiblement. Elle est située sur un affluent du Mekong, non loin du lac Tonle Sap, reconnu par l’UNESCO réserve de biosphère pour deux raisons. D’une part il est un lieu de passage pour un grand nombre d’oiseaux migrateurs, et par ailleurs, il a la particularité de recueillir le trop plein des eaux du Mekong lors de la saison des pluies, inondant alors une surface jusqu’à 10 fois supérieure à sa surface initiale. La vie lacustre s’est donc paisiblement organisée sur des villages flottants, ce qui n’est toutefois pas le cas du village de Chanti et Kahn, situé bien plus loin. Si Kahn est originaire du village où ils vivent, ce n’est pas le cas de Chanti, dont les parents habitent un village plus éloigné.
La Famille
Chanti et Kahn se sont rencontrés en travaillant dans les rizières, ils sont tous deux issus de familles de paysans. Leurs parents ayant donné leur accord, ce qui est indispensable dans le Cambodge rural, ils se sont mariés, et ont eu leur premier enfant un an plus tard, il y a 19 ans. Ils ont aujourd’hui 7 enfants, dont le plus jeune, Sokhim, est un petit garçon de 13 mois. A mon passage, je n’ai rencontré que cinq d’entre eux, deux étant occupés ce jour-là aux travaux des champs.
La vie quotidienne
Chanti est ouvrière agricole dans les fermes environnantes. Pour l’essentiel, elle travaille dans les rizières. Son mari, Kahn, s’occupe de la ferme familiale : il élève sur le terrain jouxtant la maison des vaches qui lui sont données en fermage par d’autres fermiers. Pour l’instant, ils ne font pas de cultures sur leur sol. Chanti gagne environ 7′000 riels cambodgiens par jour, ce qui équivaut à 1.75 dollar US. Kahn a des revenus variables, puisque son seul salaire consiste dans le profit qu’il tire de la vente des veaux : selon leur système, Kahn a droit a un veau sur deux vélé par les vaches dont il s’occupe, l’autre allant à la à la famille qui possède la vache. En moyenne, son salaire mensuel est de 100′000 riels, soit 25 dollars US par mois.
Une journée traditionnelle commence pour la famille Chhorne à 4 heures du matin. Chanti part au travail à 7 heures, revient à midi pour déjeuner avec la famille, et reprend le travail vers 13h30, jusqu’à 16h30. Toute la famille se couche vers 21h.
Chanti se rend à pied dans les exploitations agricoles dans lesquelles elle travaille. Celles-ci peuvent être voisines de sa maison, ou beaucoup plus distantes, dans d’autres villages. Les enfants restent à la maison. Les grands travaillent parfois dans les champs, pour aider à subvenir aux besoins de la famille. Le plus souvent, cependant, ils restent à la maison et s’occupent des plus petits. La belle-mère de Chanti, veuve aujourd’hui, n’est pas vraiment en mesure de l’aider : lorsque je l’ai rencontrée, elle ne se déplaçait que sur ses bras, ses jambes ne la portant plus. Sa famille, quant à elle, ne vient que rarement, essentiellement pour rendre des visites de courtoisie.
Le chef de village joue un rôle important dans la vie de la famille. C’est lui qui est chargé de faire appliquer le droit, résout les litiges entre familles, et peut éventuellement donner son mot quant au comportement des enfants, notamment si ceux-ci ont causé du tort à la communauté.
Les vêtements, les jouets, les accessoires pour bébé
Chanti comme Kahn me disent avoir été très heureux à la naissance de chacun des enfants. Leur condition ne leur permet cela dit pas d’acheter des cadeaux ou des jouets pour les enfants.
A mon passage, les enfants étaient habillés simplement, en short et torse nu, ou avec une petite robe.
Je n’ai pas vu de jouets à proprement parler. Les enfants s’amusaient pendant notre discussion avec des morceaux de bois, un seau de crabes pêchés le matin même, ou encore avec les trois chiens de la famille.
Shokim pas plus que les autres enfants avant lui ne porte de couches, on lui change et lave ses vêtements quand besoin est.
La maison
La maison familiale a été construite par Kahn, de ses propres mains, comme le veut la tradition. Elle se compose d’une unique pièce, surélevée pour supporter la saison des pluies. Le sol de la pièce est fait de branches de bambou solidement attachées. Le toit déborde largement de cette pièce, soutenu par de larges poteaux de bois. Sous l’avancée ainsi créée, un large plateau, surélevé lui aussi, sert alternativement de cuisine, de salle à manger, d’aire de jeu pour les enfants ou de réunion pour la famille.
La maison ne comporte pas de sanitaires, et n’a pas été adaptée pour la sécurité des enfants. Pendant notre entretien, Shokim a d’ailleurs échappé à notre surveillance et entrepris d’escalader les cinq marches de l’échelle qui mène à la pièce principale… Il a malheureusement chuté de la marche la plus haute, avec plus de peur que de mal. Il doit cela dit toujours porter en souvenir de notre rencontre une belle bosse sur le front.
Les parents et leurs sept enfants dorment tous sur des nattes à même le sol, dans la pièce principale de la maison. Les parents ne sont pas séparés des enfants.
La maison est située à 45 minutes de moto de la ville de Battambang, sur une route en terre non carrossable, qui passe au milieu des rizières. Elle fait partie d’un hameau de quelques maisons, lui-même proche d’une école qui sert aussi de maison communale, et fédère plusieurs hameaux des alentours. Une épicerie jouxte l’école, le dispensaire le plus proche se trouve dans un autre village, accessible à moto uniquement. Pour accéder à la maison depuis la route, on emprunte un chemin qui traverse des plantations de bananiers, contourne un champ d’ananas, avant de traverser la prairie où broutent les vaches de Kahn.
Le développement des enfants
Sokhim, à 13 mois, marche parfaitement bien, pieds nus, et peut courir après ses frères et sœurs. Il ne prononce pour l’instant pas un mot.
Sholim fait trois à quatre repas par jour. Le premier est une tétée sa mère le nourrissant au sein avant de partir au travail. Pour les autres repas, il partage le menu de la famille. Ils se nourrissent du produit de leur pêche dans l’étang qui jouxte la maison, des poissons et de petits crabes qui servent aussi de jeu à Shokim lorsqu’ils sont encore vivants. Ils mangent par ailleurs du riz, qu’ils achètent au marché ou aux cultivateurs du village, et de diverses pousses d’arbre, qu’ils cueillent autour de la maison.
L’éducation
Selon Chanti et Kahn lui-même, les femmes sont plus aptes à s’occuper des enfants. C’est donc elle qui tient le rôle principal dans l’éducation. Pour eux, il n’y a ni différence ni préférence dans le fait d’avoir un garçon ou une fille. Ils m’ont tous deux instantanément déclaré qu’ils ne faisaient pas de différence dans l’éducation. Leur éducation, par ailleurs, est relativement stricte mais aimante. Chanti et Kahn se sont appliqués à m’expliquer qu’ils pouvaient crier après leurs enfants, mais que jamais ils ne les battraient.
Les aînés sont allés à l’école voisine pendant deux ans. Ensuite, ils sont revenus à la maison, leurs parents n’ayant pas les moyens de payer leur scolarité plus avant, et ayant par ailleurs besoin d’eux pour s’occuper des plus jeunes. Shokim, lui aussi, ira à l’école. Cela dit, ils savent déjà qu’il n’ira pas plus loin que l’école du village, qui correspond plus ou moins à l’école primaire. Au-delà, ils n’auront pas les moyens de payer pour sa formation, et sont donc sans espoir pour son avenir.
La santé
Shokim, à la différence de ses frères et sœurs, est né dans le dispensaire du village voisin. Les aînés sont eux nés à la maison, Chanti étant assistée de ses proches et d’une sage-femme. Chanti et Kahn n’ont jamais utilisé de moyen de contraception. S’ils m’ont expliqué qu’ils n’avaient pas les moyens d’en acheter, ils m’ont aussi clairement exprimé le fait qu’ils ne comprenaient pas comment on pouvait les utiliser, et qu’ils auraient été bien embarassés d’en recevoir.
Les enfants sont aujourd’hui tous en bonne santé. Lorsqu’un enfant est malade, Chanti doit alors rester à la maison pour s’en occuper et, ne travaillant pas, elle ne touchera donc pas de salaire. Une visite au dispensaire de campagne coûte 10′000 riels cambodgiens, soit 2.5 dollars, ou 1 journée et ½ de travail pour Chanti. Cela sans compter le prix de la moto-taxi qu’il faut affrêter pour s’y rendre.
La santé de Kahn pose plus de problèmes, il prend régulièrement froid. Il était d’ailleurs en visite chez le docteur du dispensaire le matin même de ma visite, ce qui s’est soldé par une prescription de cachets d’aspirine.
Le point final…
A la question : “êtes-vous heureux ?”, Chanti et Kahn m’ont tous deux répondu non, nous ne le sommes pas. Nous n’avons pas d’argent, nous travaillons pour d’autres au lieu de travailler pour nous-mêmes, si nous tombons malades, nous ne gagnons pas d’argent. A la question : “s’il y avait une chose que vous pouviez changer pour votre famille, qu’est-ce que ce serait ?”, tous deux m’ont répondu qu’ils aimeraient changer de travail. Cela dit, ils considèrent que c’est sans espoir, dans la mesure où ils n’ont reçu aucune éducation. Lorsque je leur ai demandé s’ils avaient des questions pour moi, Kahn m’a répondu dans un premier temps : nous n’avons pas d’éducation, nous ne sommes donc pas en mesure d’avoir des opinions, et donc n’avons pas de question.
Après que j’ai dit à Kahn qu’il ne me semblait pas nécessaire d’avoir reçu une éducation pour avoir une opinion, il a fini par me poser la question : « pourquoi est-ce que tu viens nous voir pour nous poser des questions ? ». Je lui ai répondu que je souhaitais comprendre comment on vivait aujourd’hui au Cambodge, en comparaison à mon pays, et particulièrement dans quelles conditions on élevait les enfants. Je lui ai dit aussi que je souhaitais en informer les mamans de mon pays, pour contribuer si possible à une meilleure connaissance et partant, une meilleure compréhension des autres et du monde.
Tep, l’épicier
Un peu plus tard, nous nous sommes rendus ensemble à l’épicerie du village, pour faire quelques courses pour la famille de Chanti et Kahn. A ma grande surprise, l’épicier parlait un anglais très correct, et lui aussi s’est interrogé sur ce que nous étions en train de faire. Il a eu ces mots, que je ne suis pas prêt d’oublier : « tu sais, les gens d’ici, ce dont ils ont besoin, ça n’est pas qu’on leur offre quelques jours de provisions. Ils ont besoin que tu les formes, que tu leur transmette ton savoir, quel qu’il soit ».
Le « Making-off », ou comment j’ai rencontré cette famille
J’avais parlé du projet mamans du monde à Connie, une jeune touriste allemande rencontrée deux jours auparavant et avec qui je me promenais dans Battambang.
Nous visitions une pagode quand nous avons été interpellés par un moine, Vénérable Koy, comme il s’est présenté, qui souhaitait pratiquer son anglais avec des occidentaux. Connie était très enthousiaste sur ce projet, et c’est sur sa suggestion que nous avons décidé, plus tard dans la soirée, de partir ensemble le lendemain matin à la recherche de la prochaine maman du monde. Koy étant en examen le lendemain (les moines bouddhistes sont avant tout des étudiants, qui pour la plupart retourneront à la vie civile une fois leurs études achevées), ce sont finalement deux de ses camarades, Vénérable Rey et Vénérable Ra, qui nous ont accompagné. Nous sommes donc parti en tuktuk (une moto avec remorque pour 4 personnes) direction…la campagne.
Les moines ne connaissant pas plus que nous les alentours (ils viennent pour la plupart d’autres provinces, et n’ont que peu de temps disponibles en dehors de leurs études), c’est le chauffeur de notre tuktuk, finalement très pris par l’aventure, qui a mené les recherches, et trouvé la famille de Chanti et Kahn.
6 commentaires jusqu'à présent
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Bonjour,
Commentaire par Maria de Lourdes 26 juillet 2007 @ 9:12je viens d’avoir mon premier bébé le 22 mars 2007. Je ne pensais pas qu’ une mére pouvais surmonter autant de difficultés. Je realise maintemant que ce soit en France ou à l’étranger une maman fait tous pour ses enfants. par amour. Courage pour ton les mamans !!!
Pouvez vous les aidez avec l’aides des autres mamans européennes?
Un très beau témoignage, qui veut dire beaucoup de chose.
Une simplicité, presque affollante, pour élever ses enfants… Tellement, fou, pour nous qui sommes embriguadés dans le “top sécurité”…
Savoir avoir confiance en son enfant, l’élever instinctivement…
Ces mamans-là ont tout compris…
Et ne se laissent pas noyer par mille information venant d’une société occidentale, qui impose tellement de choses aux mamans… Tellement de règles et de normalité.
Merci pour ce blog…
J’espère que votre tour du monde continuera… Tout autour du monde…
Encore, un petit truc…
Commentaire par Salwa 10 août 2007 @ 9:33Bien sûr le manque d’argent se fait sentir, je ne nie pas ses sentiments. Je parlais simplement de la manière d’éduquer… Qui correspond tellement à celle que j’aurai voulu donner à mon fils…
Malheureusement… on se fait avoir avec la société et l’esprit occidental… Je le sens bien…
Vivre à l’instinct… vivre à l’instinct
Suite à votre passage sur le blog de mon fils, je viens de parcourir le vôtre.
Commentaire par Julie 4 octobre 2007 @ 8:58Je trouve votre démarche vraiment géniale ! Même si on se doute des difficultés que peuvent rencontrer les familles à l’étranger, je pense qu’on est encore loin d’imaginer à quel point c’est le cas…
C’est important de se rappeller la chance que nous avons, quelque soit nos moyens et surtout, qu’avant tout, l’amour fait beaucoup de chose au sein d’une famille.
J’espère que votre periple pourra continuer, si jamais je peux vous aider en quoique ce soit, n’hésitez pas à me contacter
camilla belle photos
I Googled for something completely different, but found your page…and have to say thanks. nice read.
Rétrolien par camilla belle photos 28 novembre 2007 @ 3:13très beau témoignage !
(plus sur le Cambodge sur : http://www.netvibes.com/cambodia)
Commentaire par Cambodge 1 mai 2008 @ 6:09bonjour
bon témoignage cela me touche beaucoup moi qui et d’origine cambodgienne mais née en france je ne peut imaginé la chance que nous avons on se plien de tout et quand on voit se qui se passe au cambodge cela motive a ne pas faire du cachi je pensse allez au cambodge des que mon bb et grand avec mon mari merci pour se témoignage si je peut vous aider n’ésiter pas
dara
Commentaire par hem 27 août 2008 @ 8:06